La suite de "Le congélateur m’a sauver" (où comment récupérer les données à priori perdues d’un disque dur en le mettant dans un congélo !)


Je vous faisais part dans ce billet de la manière dont j’avais opéré pour récupérer les données d’un disque dur qui donnait de sérieux symptômes de défaillances mécaniques.


Etant curieux par nature, je me suis en tête de trouver quelqu’un ayant une explication scientifique plausible. J’ai donc contacté Môssieur Bernard Ourghanlian, Directeur Technologies et Sécurité chez Microsoft France. C’est le genre de gars auprès de qui vous progressez intellectuellement, simplement en respirant l’air à côté de lui. Voici donc sa réponse. Inutile de vous dire que je l’ai relu quelques fois avant de commencer à y comprendre quelque chose 🙂


Une explication scientifique rigoureuse… Je resterai modeste car je ne pense pas qu’il y a ait une seule explication possible. Ce qui est sûr, c’est que ce « truc » est connu depuis de nombreuses années et qu’il est pratiqué par toutes les sociétés pratiquant la récupération de disques durs. Parmi les explications que l’on peut avancer :



  • Electronique : si un circuit électronique a des défaillances partielles, le fait de le refroidir pour lui permettre de surmonter temporairement ces défaillances (d’une façon générale, il est quelquefois possible de trouver une température suffisamment basse à laquelle un chip – même un CPU – peut fonctionner alors qu’il ne fonctionne pas à des températures proches de sa température de jonction (cet effet est lié, pour faire simple, à l’effet d’avalanche que l’on trouve dans tous les transistors à effets de champ et qui est directement lié à la température).

  • Mécanique :

    • dans le cas où une tête a touché un plateau et créé de fines particules dans l’espace maintenu sous vide qui environne l’ensemble plateau+têtes, le fait de faire baisser la température permet à ces particules de se reposer sur le plateau et de permettre – si l’on a de la chance – de continuer d’accéder à ces données pour un temps.

    • s’il y a des problèmes d’entrainement des plateaux ou dans le contrôle du moteur, le fait de réduire la température peut permettre une rétraction suffisante des métaux impliqués pour permettre le fonctionnement purement mécanique des diverses pièces concernées ; de même, dans le cas où le disque a reçu un choc, il peut y avoir des situations où le niveau de vibrations résultant de ce choc présente une composante verticale de cette vibration supérieure à la hauteur depuis la tête de lecture lit depuis le plateau ; dans ce cas, il peut y avoir un atterrissage permanent de la tête concernée : le refroidissement peut permettre la diminution mécanique de l’amplitude de cette composante verticale afin de permettre temporairement la lecture du plateau concerné.

D’une façon générale, les disques durs n’aiment pas la chaleur ; en dehors du cas extrême du réchauffement d’un plateau au-delà de la température de Curie (770° C pour le fer) qui provoque une démagnétisation permanente du plateau, la chaleur engendre une diminution de la durée de vie de tous les disques durs (cf. par exemple l’étude d’Hitachi en http://www.hitachigst.com/hdd/technolo/drivetemp/drivetemp.htm) ; il y a donc eu de nombreux travaux sur les disques dur afin de leur permettre de remonter en direction du système d’exploitation les informations relatives à cette température afin d’éviter que les problèmes ne dégénèrent. Dans ce cas, ces informations qui remontent au logiciel permettent d’éviter que la situation ne dégénère trop en diminuant la sollicitation en entrées-sorties du disque dur en question ou en allant même jusqu’à provoquer son arrêt une fois les entrées-sorties en cours effectuées (cf. la contribution en Open Source sur http://smartmontools.sourceforge.net/ et pas mal d’autres logiciels du marché, par exemple http://www.hddtemp.com/).


 


Comments (11)

  1. LucasR says:

    Voici une bien belle histoire sur la façon dont notre electroménager peut sauver notre matériel informatique….

  2. Elftor says:

    D’une façon générale, ça jete un froid…

  3. bibi says:

    je vais tenter cette technique j’ai un pb mecanique avec un hd externe 200 go justement

  4. Vincent says:

    J’ai récupéré 1 160 Gb comme ça :2 h au frigo, puis mise sous tension avec 1 ventilo d’alim sur la carte contrôleur du disque. Ca laisse de temps de faire un ghost. Parfois, on utilise du refroisseur liquide ou de l’air comprimé sur le chipset qui chauffe.

  5. En fait l’explication est un peu plus physique que ça ! (Faisant des études de physique) j’avais envie de répondre lol. Tout simplement, un disque dur est fabriqué sous vide on injecte un gaz inerte pour chasser l’oxygene ce qui a pour particularité de faire baisser la pression à l’intérieur et donc la tête du disque dur ne touche plus la surface du disque dur (c’est l’espace de lecture) lorsque le joint du disque dur commence à fatiguer, le gaz inerte s’échappe et du dioxygene entre, cela fait baisser le volume de gaz et augmente la pression à peut près à 10^5 Pa, pression atmosphérique. Lorsque l’on fait refroidir le disque dur, on fait détent en fait le gaz rare qui reste à l’intérieur ce qui chasse de dioxygene et donc fait baisser la pression. Bien sûr c’est que temporaire car une fois je joint cassé, le gaz est généralement assez vite dissipé. Alors pourquoi me direz vous qu’avant les disques durs méttaient plus de temps à casser, tout simplement, les capacité étaient plus petites et les vitesses de rotation plus faibles donc il n’y avait pas besoin de faire baisser de façon significative la pression donc je joint méttait plus de temps à casser ( on utilisait un mélange d’air sous pression et de krypton). Aujourd’hui on utilise le Xénon ( à ne pas confondre avec Xéon !) qui a la propriété de se détendre à des températures proches de l’air ambiante donc à moindre coût.

    A titre indicatif :

    Pression atmosphérique : 10^5 Pa

    Pression Disque dur Seagate 45 Mo : 7.10^4 Pa

    Pression Disque dur Western 120 Go : 1,9.10^4 Pa

  6. Eric Legroux says:

    Reconditionnant de vieux PC pour les expédier dans les pays pauvres, j’ai déjà remarqué que j’obtenais de bien meilleur résultats, le soir ou la nuit, et en ventilant energiquement le disque, voir la plaque entière sur la table (réparation open tout sorti de sa boite et étalé sur une table)

    Faut dire que j’habite dans une île chaude et sèche des Antilles où les 30 degrés son habituel.

    Par ailleurs, puisque l’on parle de grands blessé, je me souviens de récit d’infirmier et médecin sur la 1ere guerre qui indiquait qu’à partire d’une heure ou deux , du matin tous les blessés se calmaient et s’endormait jusque vers 4-5 heures. La raisons donné étant le masquage des rayon solaire ou de ses fréquences qui rendaient ses malheureuses victimes plus sensibles.

    N’y aurait-il pas là non plus une voie de recherche… a défaut d’installer un labo sur la face cachée de la Lune !!!

  7. Dans ton cas c’est également un problème de pression lol . C’est pas de la magie juste de la thermo

  8. LucasR says:

    On fait beaucoup dans la matériel de cuisine en ce moment chez Microsoft France. Après Pascal et son…

  9. A propos de cuisine et pour les esprits curieux, voir les livres d’Hervé THIS (Les secrets de la casseroles, etc) qui présente enfin les recettes de cuisine de manière scientifique : POURQUOI il faut mettre le sel dans le pot-au-feu à tel ou tel moment, etc…

    Mais pour rester dans l’informatique je profite des compétences dans cette discussion pour tenter d’avoir une réponse à la question suivante : QUELLE EST LE MEILLEUR TAUX D’HYGROMETRIE pour une salle de serveurs ? Est-de ‘le plus faible possible’, ou bien y a-t-il un taux optimal ? On trouve souvent mentionné le taux de 50% dans les pubs des data centers, est-ce un taux considéré maximal, ou optimal ?

    (le corallaire pratique de ma question est donc bien évidemment : quand l’atmosphère est très sèche faut-il dire ‘tant mieux’ ou vaut-il mieux humidifier légèrement)